instrument à clavier et à cordes frappées.

On croit souvent, à tort, que le piano est un descendant direct du clavecin, auquel il ressemble, il est vrai, tant au niveau de la silhouette que du mécanisme général. En fait, le clavecin, à cordes pincées, et le piano, à cordes percutées, ont un ancêtre commun: le psaltérion médiéval. De cet instrument à cordes pincées avec les doigts naîtront à la fois le clavicembalum (le clavecin) et l'échiquier, dont descend le piano. L'échiquier, muni de petits marteaux, est mentionné par Guillaume de Machaut dès la seconde moitié du XIVesiècle. Ce clavicorde connaît une évolution tardive et il faut attendre le XVIIIesiècle pour voir apparaître des instruments proches de ceux que nous connaissons aujourd'hui.

La première appellation du piano, pianoforte, vient du fait que le volume sonore de l'instrument peut varier en fonction de l'intensité de la frappe sur les touches, permettant ainsi de jouer doucement (piano) ou fort (forte). Le premier instrument moderne de ce type est l'œuvre de l'Italien Bartolomeo Cristofori (1655-1732) qui, en 1709, fabrique un «!gravicembalo col piano e forte!» préfigurant les pianos actuels. Seuls deux pianos de Cristofori ont été conservés: l'un, datant de 1720, se trouve au Metropolitan Museum of Art, à NewYork!; l'autre, datant de 1726, est exposé dans un musée de Leipzig, en Allemagne.

Évolution

Le mécanisme de Cristofori est rapidement amélioré, notamment grâce aux travaux de l'Allemand Gottfried Silbermann (1683-1753). Quelque temps après, Johann Andreas Stein (1728-1792), un facteur de clavecin d'Augsbourg, met au point un nouveau système d'échappement des marteaux qui facilite l'exécution de pièces rapides et permet d'obtenir une meilleure qualité sonore. Ce piano «!viennois!» connaît un succès rapide: Haydn en possède un et les œuvres de Mozart et des fils Bach le consacrent très vite comme un instrument de premier plan. Un certain nombre de facteurs du centre de l'Allemagne s'établissent à Londres vers 1760 et fondent une école qui, sous la direction notamment de John Broadwood (1732-1812), s'oriente vers la fabrication de pianos plus robustes, semblables aux pianos actuels. Le facteur français Sébastien Érard (1752-1831) fonde à son tour l'école française dans les années 1790 et crée, en 1823, le système à double échappement, encore employé de nos jours. À partir de cette époque, de nombreux facteurs de pianos européens travaillent à l'amélioration du pianoforte. Les pianos fabriqués en Allemagne et aux États-Unis, notamment ceux qui sortent des ateliers fondés par Carl Bechstein (1826-1900) et des ateliers américains de Steinway et Chickering, sont considérés depuis longtemps comme les plus aboutis. Les pianos produits par la firme autrichienne Bösendorfer sont également hautement appréciés.

L'étendue des premiers pianos ne couvre que quatre ou cinq octaves, mais elle augmentera progressivement pour atteindre plus de sept octaves. De nos jours, certains pianos de la firme autrichienne Bösendorfer disposent d'une basse étendue qui porte le clavier à huit octaves.

Structure moderne

Le pianoforte moderne se compose de six parties

1.Le cadre est habituellement en métal. À l'arrière se trouve le sommier d'accroche, sur lequel sont fixées les cordes. Les chevilles d'accord sont fixées sur un autre sommier situé, lui, à l'avant de l'instrument. L'extrémité des cordes est enroulée autour de ces chevilliers que l'on tourne pour régler la tension: plus une corde est tendue plus la note qu'elle émet est aiguë.

2.Placée sous les cordes, la table d'harmonie en épicéa à grain fin enrichit le son par des vibrations sympathiques.

3.Les cordes sont en fil d'acier. Leur longueur et leur épaisseur sont fonction de la hauteur de la note à laquelle elles correspondent!; une corde épaisse et longue donne une note grave. Dans le registre aigu de l'instrument, les notes sont obtenues par la mise en vibration simultanée de trois cordes accordées à l'unisson, ce qui renforce la brillance du timbre. Les notes les plus graves sont produites par des cordes simples, plus épaisses, enroulées dans un fin fil de cuivre.

4.Les touches, seuls éléments visibles du mécanisme, ont pour fonction de propulser les marteaux sur les cordes. Juxtaposées, elles forment le clavier. Les touches correspondant aux sons naturels sont en ivoire ou en plastique blanc. Celles qui correspondent aux tons altérés (dièses et bémols) sont en ébène ou en plastique noir. Elles sont décalées vers l'avant afin de réduire l'encombrement du clavier.

5.Les pédales sont des leviers abaissés avec les pieds. La pédale sostenuto (ou forte) lève tous les étouffoirs pour que les cordes frappées continuent à vibrer même après que les touches ont été relâchées. La pédale sourdine (ou una corda) rapproche tous les marteaux des cordes pour que la distance de frappe soit diminuée de moitié, ou tourne légèrement les marteaux sur un côté pour réduire leur surface de contact avec les cordes (dans le registre aigu, les marteaux ne frappent plus alors qu'une seule touche, d'où le nom d'una corda. Certains pianos ont une pédale centrale supplémentaire prolongeant uniquement les notes déjà jouées au moment où l'on abaisse la pédale. De nombreux pianos droits sont construits avec une pédale qui, lorsqu'elle est abaissée, applique une bande de feutre entre les marteaux et les cordes pour que les touches ne produisent qu'un son très faible.

6.La forme de la caisse détermine le type du piano!; on distingue les pianos à queue, les pianos carrés et les pianos droits. De nos jours, les pianos carrés sont tombés en désuétude. Il existe plusieurs tailles de piano à queue: le plus petit est le crapaud (à peine 1,5m de longueur)!; on trouve ensuite le quart-de-queue, le demi-queue, le trois-quarts, le piano de concert et le grand piano qui peut mesurer près de 3m. Les pianos droits, destinés à l'apprentissage et à la pratique occasionnelle, sont munis de cordes disposées à la verticale, le plus souvent croisées. Dans les pianos droits et les crapauds, les cordes de basse sont tendues diagonalement sur les cordes plus courtes des aiguës, ce qui permet de gagner de la place et d'obtenir une tension égale: la tension totale des cordes d'un piano à queue est d'environ 30tonnes!; elle est de 14tonnes pour un piano droit.

Mécanique

Les touches du piano (voir illustration Mécanisme de piano) agissent comme des leviers basculant sur une pointe de balancier. Lorsque le pianiste appuie sur une touche, le pilote de la touche se lève, actionne le chevalet qui propulse le marteau sur la corde et lève à son tour l'étouffoir. L'extrémité libre de la butée de réglage du levage de la touche entraîne avec elle l'équerre d'échappement et le levier de répétition.

L'équerre d'échappement pousse le rouleau, bourrelet de feutre fixé au manche du marteau. Le mouvement vers le haut de l'équerre d'échappement s'arrête lorsque son ergot arrive en contact avec le bouton butoir de l'échappement. Le marteau s'élève et vient frapper la corde. Le levier de répétition s'élève également mais seulement jusqu'à ce que l'ergot de l'équerre d'échappement passe au travers et touche la vis de réglage de la hauteur du double échappement; ce levier reste levé jusqu'à ce que la touche soit relâchée.

Puis le marteau retombe, mais seulement partiellement. Il est arrêté par le rouleau frappant le levier de répétition. L'équerre d'échappement peut alors revenir dans sa position originale, sous le manche du marteau partiellement levé. En même temps, la contre-touche empêche le marteau de rebondir sur la corde. Si la touche n'est que partiellement relâchée, le marteau bouge librement sur la contre-touche, et le levier de répétition reste levé. Si le pianiste frappe de nouveau la touche relâchée partiellement, l'équerre d'échappement peut à nouveau pousser le rouleau et le feutre du marteau vers le haut. Ce système permet une répétition rapide des notes avant que la touche et le marteau aient le temps de retrouver leur position

Lorsque la touche est complètement relâchée, toutes les parties du mécanisme retrouvent leur position initiale grâce à la force de gravité. Contrairement aux pianos à queue, les pianos droits ne peuvent pas compter sur la pesanteur pour ce retour en position initiale. Dans un piano à queue, le mécanisme se trouve dans le prolongement de la touche, sur un plan horizontal; dans un piano droit, le mécanisme est adapté pour qu'il soit plus ou moins vertical; il est alors appareillé de suspensions et de petites sangles pour permettre à l'ensemble de revenir rapidement en position initiale.

Les grands solistes

Le piano a toujours été un instrument de virtuoses. De nombreux compositeurs, tels Mozart, Beethoven, Chopin et Liszt, jouaient eux-mêmes leurs compositions. La fin du XIXe siècle a consacré l'avènement de concertistes presque entièrement dévoués à l'interprétation, comme Anton Rubinstein. À la même époque sont apparus les premiers pianistes à carrière internationale, notamment Ignacy Paderewski et les Américains d'origine polonaise Josef Hofmann et Arthur Rubinstein. Les pianistes les plus célèbres de l'entre-deux-guerres sont Sergueï Rachmaninov, Artur Schnabel, l'Anglaise Dame Myra Hess, Walter Gieseking et le Brésilien Guiomar Novaes. Parmi les grands interprètes de la seconde moitié du XXe siècle, citons Sviatoslav Richter, Emil Guilels, Claudio Arrau, Rudolf Serkin, Vladimir Horowitz, Alicia de Larrocha, Martha Argerich, Vlado Perlmuter et Murray Perahia. Ajoutons encore Alfred Brendel, dont l'approche savante suscite encore des controverses, et Glenn Gould, dont les enregistrements des œuvres de Bach inaugurent un nouveau style d'interprétation. Aujourd'hui, avec l'évolution incessante de la technique pianistique, les concours de piano internationaux suscitent un grand intérêt et permettent de découvrir de nouveaux talents.

Retour sur la page d'accueil